22.01.2007
Louis Mahé : la Bretagne agricole devra créer de la valeur ajoutée.
Ils étaient plus d’une centaine, agriculteurs et autres, à assister à la présentation par Louis Mahé, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie de Rennes, de ses travaux sur le futur de l’agriculture bretonne. Exposé.
2003 constituait une étape importante pour l’agriculture européenne. Le soutien des prix par les aides n’est plus accepté et les restitutions notamment sont déconsidérées. C’est alors que se décide le renforcement du découplage des aides, l’instauration des DPU basés sur les droits acquis, les fameuses « références historiques », l’éco-conditionnalité des aides…
La France n’a pas anticipé la réforme de la PAC qui se dessinait ailleurs en Europe et s’est contentée d’y faire obstacle, ne parvenant pour autant qu’à simplement en freiner les évolutions sur son territoire. Résultat, l’Europe s’est désolidarisée et la France a perdu de son influence politique.
Les prochaines étapes probables :
- Transformation des DPU sous éco-conditionalité en aides ciblées sur les services rendus. Les paiements ne seront probablement plus assortis de contraintes (pour ne pas faire), mais plutôt incitatifs (pour faire) au contraire.
- Plafonnement individuel (revenu à temps plein). Cela résoudra les énormes disparités actuelles qui ne sont pas politiquement acceptables (cf les 560 structures attributaires de plus de 500 000 euros de DPU chacune).
- Renationalisation du financement de la politique agricole, mais aussi régression du budget agricole européen et attribution d’aides aux productions à services joints
L’avenir de l’agriculture bretonne : continuité ou changement ?
L’avenir de la Bretagne dépendra de sa faculté à développer les productions qui « marchent toutes seules » sans béquilles. Des productions qui créent de la valeur.
L’appareil de production breton est incontestablement performant et s’appuie sur de réelles compétences techniques. Sa spécialisation animale (86% du chiffre d’affaires) est très marquée en comparaison d’autres régions ou pays comparables Pays- Bas (50% du CA); Danemark (70% du CA).
Autres caractéristiques : la prédominance des produits de base de type minerais et la quasi-absence de signes de qualité agricoles. La Bretagne agricole et agroalimentaire souffre d’une faible élaboration de la production et de marques peu développées par rapport à la moyenne française. C’est la région de France où l’on fabrique le plus de produits à marque de distributeurs (MDD) qui ne dégagent que très peu de rente.
Stratégie : 4 axes envisagés
Restaurer la durabilité environnementale :
Quelques exemples : favoriser la liaison au sol (comme c’est le cas au Danemark et aux Pays-Bas), rémunérer les bonnes pratiques de gestion de l’espace rural (cela est rendu possible maintenant par l’éco-conditionnalité), protéger et mettre en valeur les « communs de l’espace rural » (ex. cesser les appropriations des chemins ruraux), faire passer une une part plus importante des aides dans le second pilier…
Revoir l’organisation « industrielle » du cœur de l’appareil :
Ne pas oublier que, sans excédents structurels, la préférence communautaire tire les prix à la hausse. Il sera nécessaire probablement de concentrer l’offre et rééquilibrer la position aujourd’hui dominante de la grande distribution.
Cultiver la différenciation et la protéger par des marques commerciales de renom et des signes de qualité attachés à la région et au secteur permettra de rétrocéder plus de la valeur aux agriculteurs.
Soutenir les expériences (pilotes) de diversification et prises de risques :
Coloniser les niches et aider davantage les prises de risques pour des productions moins conventionnelles : agriculture bio, agriculture fermière, AOC, floriculture, agrotourisme..
Œuvrer à répartir le soutien de la PAC 2003 sur des bases économiques et éthiques défendables, en d’autres termes des services rendus et non des droits acquis par hectare, basés sur le passé.
Louis Mahé évoque en guise de conclusion…
La spécialisation a été un atout du développement de l’agriculture bretonne. Aujourd’hui, la situation s’est fragilisée. Il convient de prendre le virage de la qualité et surtout de la différenciation des productions avec marques et signes de qualité.
Il faudra aussi se préparer à une nouvelle logique de répartition des aides : privilégier la préférence communautaire et appuyer la réorientation des aides vers des fonctions environnementales et territoriales.
Autre révolution culturelle envisagée : la qualité et cadre de vie seront préférés aux performances techniques, à l’agrandissement et aux valeurs patrimoniales.
Certes, la stratégie reposera sur l’éthique et les valeurs de la société, mais il n’en faut pas moins oublier la viabilité économique des projets.
12:05 Publié dans Agriculture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, Confédération paysanne, aides, UDSEA, Udsea, PAC, répartition des aides









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